Investissement responsable : la France aux portes des 3 000 milliards d'euros

Les encours des fonds durables ont progressé de près de 5 % en France l'an dernier, frôlant les 3 000 milliards d'euros. Un plus haut historique qui confirme la place de premier plan du pays dans la finance verte mondiale.
 

Le seuil symbolique des 3 000 milliards d'euros est désormais à portée. Selon le panorama de l'investissement responsable dévoilé le 7 avril 2026 par l'Association française de la gestion financière (AFG), les encours des fonds responsables commercialisés en France ont atteint 2 971 milliards d'euros à fin 2025, en progression de 4,8 % sur un an. Pour les épargnants accompagnés par un conseiller, cette dynamique soulève une question pratique : quelle réalité recouvrent ces fonds, et comment s'orienter dans une nomenclature qui reste mal comprise ?
 

Article 8, article 9 : deux logiques, deux compositions
La réglementation européenne SFDR distingue deux grandes catégories. Les fonds dits « article 8 », qui promeuvent des caractéristiques environnementales ou sociales, drainent 2 850 milliards d'euros, en hausse de 4,7 % sur un an. Les fonds « article 9 », dont la vocation explicite est d'investir dans des actifs durables, affichent une croissance bien plus soutenue, de 10,5 % sur douze mois, pour un encours de 121 milliards d'euros. La différence n'est pas seulement réglementaire. Elle se traduit aussi dans la composition des portefeuilles.
 

Côté article 8, les fonds monétaires occupent la première place avec 30 % des encours, devant les obligataires (25 %) et les fonds actions (21 %). Suivent les diversifiés (13 %), l'immobilier (3 %), le non-coté (3 %) et l'épargne salariale notamment (5 %). Les fonds article 9 affichent un profil très différent : les actions y dominent (36 %), suivies de l'immobilier (24 %), des obligations (19 %), du non-coté (6 %), des diversifiés (6 %) et d'autres véhicules (10 %). Pour un épargnant, le message est clair : tous les fonds dits durables ne se valent pas en termes de risque, d'horizon et d'exposition réelle aux thématiques de transition. Les institutionnels — banques, assureurs, fonds de pension — détiennent 73 % de l'ensemble. La part des particuliers atteint 27 % au global, mais grimpe à 40 % lorsqu'on se concentre sur les seuls fonds durables au sens strict.
 

Une dynamique entretenue par le cadre légal
Cet essor doit beaucoup à la réglementation. Depuis 2010, les employeurs sont tenus de proposer au moins un fonds labellisé Investissement socialement responsable (ISR) dans leur plan d'épargne entreprise. L'obligation a été étendue en 2019 aux plans d'épargne retraite collectifs, puis aux PERCOL qui ont pris le relais des Perco. Depuis 2022, les assureurs doivent référencer dans les unités de compte de leurs contrats d'assurance vie au moins un fonds labellisé ISR, un fonds Greenfin et un fonds Finansol.
 

Le résultat est mesurable. Au sein des 330 sociétés de gestion adhérentes de l'AFG, qui pèsent 90 % des actifs gérés en France, 59 % des 5 400 milliards d'euros sous gestion relèvent désormais des catégories article 8 ou article 9. Cette hégémonie statistique appelle toutefois un regard exigeant. La présence d'un fonds dans l'une de ces catégories ne préjuge ni de sa performance, ni de son risque, ni de la profondeur réelle de sa démarche extra-financière. Plusieurs études académiques ont d'ailleurs souligné l'hétérogénéité des pratiques au sein même de l'article 8, ce qui a conduit la Commission européenne à engager une révision du règlement SFDR pour clarifier les définitions.
 

Pour l'épargnant, le travail d'analyse reste entier : examiner la politique d'investissement réelle, la cohérence des labels (ISR, Greenfin, Finansol, Towards Sustainability), la part des entreprises exclues, les frais et l'historique de gestion. Les fonds article 9 imposent par construction un niveau d'exigence supérieur, mais leurs portefeuilles sont aussi plus concentrés sur certaines thématiques — transition énergétique, immobilier vert, santé — ce qui peut accroître la volatilité. C'est précisément le terrain où l'accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine prend toute sa valeur : alignement entre convictions personnelles, réalité de la gestion et cohérence avec l'allocation globale.
 

Source : AFG, Panorama de l'investissement responsable, avril 2026.
 


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